{"id":35683,"date":"2022-12-29T10:30:17","date_gmt":"2022-12-29T07:30:17","guid":{"rendered":"https:\/\/demo5.teaser-cube.ru\/2022\/12\/29\/frmaster-revele-lavenir-fini-des-thrillers-sociaux\/"},"modified":"2022-12-29T10:30:17","modified_gmt":"2022-12-29T07:30:17","slug":"frmaster-revele-lavenir-fini-des-thrillers-sociaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/movieworld.blog\/fr\/2022\/12\/29\/frmaster-revele-lavenir-fini-des-thrillers-sociaux\/","title":{"rendered":"Master r\u00e9v\u00e8le l'avenir fini des thrillers sociaux"},"content":{"rendered":"<p>Les thrillers sociaux sont une entreprise difficile. Ils ont pour mission d'examiner les cruaut\u00e9s de l'oppression - et, dans les cas les plus audacieux, de les remettre en question - \u00e0 travers le prisme du suspense et de l'horreur. Le genre exige des cin\u00e9astes qu'ils parviennent \u00e0 un \u00e9quilibre d\u00e9licat entre compr\u00e9hension et divertissement. Avec Master, le premier long m\u00e9trage \u00e9l\u00e9gant et \u00e9tudi\u00e9 de la sc\u00e9nariste et r\u00e9alisatrice Mariama Diallo, le genre a trouv\u00e9 une voix authentique. Centr\u00e9 sur le traumatisme psychologique que repr\u00e9sente le fait d'\u00eatre noir dans une prestigieuse universit\u00e9 de Nouvelle-Angleterre, le film exprime les angoisses qui mettent \u00e0 nu les terreurs parfois simples, parfois complexes, mais toujours persistantes, de la discorde raciale en Am\u00e9rique. C'est aussi un regard bienvenu sur les limites du thriller social et sur les nouvelles le\u00e7ons que le genre a \u00e0 donner, le cas \u00e9ch\u00e9ant.\n<\/p>\n<p>S'ouvrant sur Ancaster, \" une \u00e9cole presque aussi vieille que le pays \", Master, qui vient de sortir sur Amazon Prime, suit la vie de trois femmes noires au cours d'une ann\u00e9e universitaire, alors qu'elles sont confront\u00e9es \u00e0 des micro-agressions qui piquent, provoquent et convoquent des sentiments familiers \u00e0 toute personne noire qui a travers\u00e9 le champ de bataille mental que repr\u00e9sente la fr\u00e9quentation d'une universit\u00e9 d'\u00e9lite, majoritairement blanche. La parano\u00efa m\u00eal\u00e9e au doute. La peur d\u00e9pass\u00e9e par la confusion. La lourde douleur de la surcharge \u00e9motionnelle. Ce sentiment que tout et tout le monde se rapproche. Diallo, qui a fr\u00e9quent\u00e9 Yale, parcourt ce territoire avec une conscience attentive et patiente, oscillant entre le r\u00e9alisme et l'horreur surnaturelle qui d\u00e9coule des exp\u00e9riences v\u00e9cues par les Noirs confront\u00e9s \u00e0 ce que Ta-Nehisi Coates appelle la \" terreur de la d\u00e9sincarnation \".  \"\n<\/p>\n<p>L'intrigue se d\u00e9roule lorsque Gail Bishop (Regina Hall dans un r\u00f4le d'une force discr\u00e8te) est promue \" ma\u00eetresse \" de l'une des maisons r\u00e9sidentielles du coll\u00e8ge. Elle est le premier membre noir de la facult\u00e9 \u00e0 occuper ce poste, et sa promotion d\u00e9clenche une s\u00e9rie d'affrontements entre elle, une coll\u00e8gue professeur sur le point d'\u00eatre titularis\u00e9e, Liv Beckman (Amber Gray), et Jasmine Moore (Zoe Renee), une \u00e9tudiante de premi\u00e8re ann\u00e9e d\u00e9sireuse de s'int\u00e9grer. Si Gail est la conscience de Master - et elle l'est vraiment - Jasmine est son centre \u00e9motionnel, son c\u0153ur qui bat la chamade.\n<\/p>\n<p>Alors que les microagressions s'accumulent, Jasmine se laisse emporter par un \u00e9l\u00e9ment du folklore de l'\u00e9cole. On dit qu'une femme que l'on croyait \u00eatre une sorci\u00e8re est morte sur le campus il y a des si\u00e8cles et qu'elle le hante maintenant, terrorisant chaque ann\u00e9e une nouvelle recrue. Mais la r\u00e9alit\u00e9 du mythe est beaucoup plus proche de nous, et elle offre \u00e0 Diallo le parall\u00e8le parfait pour faire sortir le r\u00e9cit du pass\u00e9 vers le fantastique : en 1965, le premier \u00e9tudiant noir d'Ancaster a \u00e9t\u00e9 lynch\u00e9 dans la m\u00eame chambre que Jasmine. Faisant un clin d'\u0153il \u00e0 l'histoire violente des pendaisons de Blancs contre des Noirs, qui \u00e9taient une forme d'\u00e9radication et de divertissement public - et l'une des premi\u00e8res hantises du pays - Diallo transforme son thriller social en une histoire de fant\u00f4mes du XXIe si\u00e8cle.\n<\/p>\n<p>Sans trop en dire, je dirai que les lynchages sont utilis\u00e9s dans le film \u00e0 des fins litt\u00e9rales et c\u00e9r\u00e9brales, Diallo d\u00e9ployant diverses astuces esth\u00e9tiques pour que le public puisse mieux comprendre la noirceur croissante qui entoure Jasmine et Gail. Cela se fait principalement par le biais de l'utilisation de la couleur - les rouges caract\u00e9ristiques de Diallo font une impression \u00e9vocatrice sur l'esprit -, des ombres et de l'alternance des plans de cam\u00e9ra qui jouent sur la dimension et la profondeur. Plus largement, le film expose la nature pernicieuse des syst\u00e8mes structurels, notamment dans l'enseignement sup\u00e9rieur - comment, pourquoi et pour qui ils sont maintenus en place. L'implication est que ceux qui tentent de s'opposer aux syst\u00e8mes de pouvoir sont maudits dans leur qu\u00eate m\u00eame.\n<\/p>\n<p>Une question critique sur le film se pose d\u00e8s le premier quart d'heure, mais elle ne cesse de faire des \u00e9tincelles pour \u00e9clairer l'essence m\u00eame d'un genre qui, m\u00eame lorsqu'il est le plus bouleversant et d\u00e9mystifiant, reste li\u00e9 \u00e0 une exp\u00e9rience sp\u00e9cifique lorsqu'il s'agit de personnes noires. Une nuit, lorsque Jasmine rentre dans sa chambre, elle est prise de court. \"Qui \u00eates-vous ?  \"demande un \u00e9tudiant blanc de la classe sup\u00e9rieure lorsqu'elle entre. Presque imm\u00e9diatement, d'autres \u00e9tudiants - \u00e9galement tous blancs, tous invit\u00e9s par la colocataire de Jasmine - lancent odieusement des r\u00e9ponses qui atterrissent comme des poignards. Ils crient les noms de femmes noires qui sont souvent utilis\u00e9es comme des clich\u00e9s repr\u00e9sentatifs d'une certaine image de la r\u00e9ussite noire : Beyonce \u0301 , Lizzo, \" l'une des s\u0153urs Williams.  \"\n<\/p>\n<p>Et parce que cette \u00e9poque est \u00e9galement truff\u00e9e d'appareils num\u00e9riques (dont beaucoup sont utilis\u00e9s quotidiennement, d'Instagram \u00e0 YouTube) qui nous disent comment vivre, qui \u00eatre, et ce \u00e0 quoi nous devons ou ne devons pas aspirer dans un pays qui a, pour la plupart, persist\u00e9 dans le mensonge, la cupidit\u00e9 et le paradoxe, il peut parfois \u00eatre difficile de reconna\u00eetre son image dans le miroir. De savoir qui on est vraiment. Notre nation est li\u00e9e \u00e0 la contradiction. Alors qu'est-ce qui peut \u00eatre une gr\u00e2ce salvatrice ? J'aime \u00e0 penser que c'est la conviction de soi qui est le v\u00e9ritable stabilisateur face \u00e0 une peur soudaine. Le public voit Jasmine essayer de tenir le coup, mais l'exp\u00e9rience la d\u00e9s\u00e9quilibre, et c'est ce d\u00e9s\u00e9quilibre - le fait de se demander qui elle est et si elle est \u00e0 sa place - qui la consume alors que le film se termine de fa\u00e7on surprenante.\n<\/p>\n<p>Master est un thriller social, mais parce qu'il est aussi une \u0153uvre d'horreur, il trouve une v\u00e9ritable substance th\u00e9matique dans l'interrogation du moi. Dans les limites de la blancheur, l'histoire des Noirs en Am\u00e9rique est fondamentalement une histoire d'horreur. Comment pourrait-il en \u00eatre autrement ? C'est pourquoi l'horreur noire s'int\u00e9resse directement aux limites de la d\u00e9livrance humaine - moins \u00e0 la finalit\u00e9 qu'\u00e0 son co\u00fbt exorbitant&nbsp ;\n<\/p>\n<p>Parfois, cependant, je me demande si le genre du thriller social ne s'est pas trop rel\u00e2ch\u00e9 dans sa subversion recycl\u00e9e du malaise de classe, de la discorde raciale et de la terreur \u00e9motionnelle. Relanc\u00e9 par Get Out, le blockbuster de 2017 de Jordan Peele, le genre s'est \u00e9tendu sur cette interrogation \u00e0 travers des films comme Tyrel (2018) et His House (2020), qui transforment des exp\u00e9riences banales en une vision plus grotesque, plus effroyablement r\u00e9elle. Ses th\u00e8mes sont d'une pertinence intemporelle, et parce qu'ils d\u00e9finissent une grande partie de la fa\u00e7on dont nous comprenons les films de thriller social - un genre qui doit embrasser le r\u00e9alisme, m\u00eame s'il l'exp\u00e9rimente - ils limitent \u00e9galement ce qui est possible (narrativement, pas visuellement).\n<\/p>\n<p>Je comprends que l'art permette aux autres de mieux comprendre le poids de l'oppression raciale, de classe et de genre. Je comprends qu'il permet \u00e0 ceux d'entre nous qui y sont confront\u00e9s quotidiennement de ressentir une certaine reconnaissance. De se sentir vus. Tout cela est important. Mais le fait est que, pour les Noirs, pour les enfants trans, pour les femmes, pour les homosexuels, pour les handicap\u00e9s, pour tous ceux qui sont constamment d\u00e9savantag\u00e9s et \u00e0 qui on dit qu'ils sont le probl\u00e8me, la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue l'emportera toujours sur l'interpr\u00e9tation. Le genre a une port\u00e9e limit\u00e9e car il ne peut nous dire que ce que nous savons d\u00e9j\u00e0.\n<\/p>\n<p>Les thrillers sociaux se sont av\u00e9r\u00e9s des contrepoids n\u00e9cessaires au progr\u00e8s dont l'Am\u00e9rique se fait faussement l'avocate, r\u00e9v\u00e9lant la vraie nature de la nation par le biais de l'all\u00e9gorie. Les horreurs vivent parmi nous. Nous les voyons aux informations et les rencontrons sur TikTok. La douleur noire est maintenant optimis\u00e9e pour devenir virale \u00e0 l'heure, chaque heure. Comme Jasmine l'a appris, ces confrontations ne sont pas faciles \u00e0 contrecarrer. Et m\u00eame lorsque l'on survit au cr\u00e9puscule - si l'on a la chance de s'en sortir, bien s\u00fbr - les s\u00e9quelles physiques et mentales persistent. Quel a \u00e9t\u00e9 le co\u00fbt de ce passage ? C'est la derni\u00e8re question que Gail doit se poser.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les thrillers sociaux sont une entreprise difficile. 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