{"id":35657,"date":"2022-12-29T10:25:17","date_gmt":"2022-12-29T07:25:17","guid":{"rendered":"https:\/\/demo5.teaser-cube.ru\/2022\/12\/29\/frlessor-de-la-science-fiction-a-voix-triste\/"},"modified":"2022-12-29T10:25:17","modified_gmt":"2022-12-29T07:25:17","slug":"frlessor-de-la-science-fiction-a-voix-triste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/movieworld.blog\/fr\/2022\/12\/29\/frlessor-de-la-science-fiction-a-voix-triste\/","title":{"rendered":"L'essor de la science-fiction \u00e0 voix triste"},"content":{"rendered":"<p>Dans les films de science-fiction, presque rien ne compte autant que la construction du monde. Cela ne signifie pas n\u00e9cessairement des plans grandioses de vaisseaux spatiaux ou de plan\u00e8tes lointaines. Pour chaque spectacle somptueux comme Dune, il existe de nombreux films de science-fiction \u00e0 plus petite \u00e9chelle avec des budgets d'effets sp\u00e9ciaux modestes ou inexistants. Ces films doivent recourir \u00e0 d'autres m\u00e9thodes pour donner corps \u00e0 leurs visions futuristes. Une bande-son atmosph\u00e9rique peut contribuer largement \u00e0 cr\u00e9er une ambiance palpitante. Des d\u00e9cors astucieux, comme la machine \u00e0 voyager dans le temps fabriqu\u00e9e par des artisans dans Primer ou les c\u00e2bles d'ordinateurs quantiques tendus dans les bois dans Lapsis, peuvent plonger les spectateurs dans un nouveau monde sans recourir \u00e0 des images de synth\u00e8se de pointe. M\u00eame la fa\u00e7on dont les personnages parlent entre eux peut \u00eatre un moyen rentable de donner le ton. Tellement efficace, en fait, qu'il existe toute une s\u00e9rie de films r\u00e9cents o\u00f9 un mod\u00e8le de discours distinctif joue un r\u00f4le crucial dans l'\u00e9tablissement de l'univers fictif. C'est ce qu'on appelle la science-fiction \u00e0 voix triste.\n<\/p>\n<p>Pas tremblant, au bord des larmes, triste. Triste comme dans anh\u00e9donique, d\u00e9pourvu de passion, d\u00e9prim\u00e9. Un affect plat et prononc\u00e9, parfois associ\u00e9 \u00e0 une cadence anormale. Un excellent exemple : Colin Farrell faisant le pince-sans-rire dans The Lobster de Yorgos Lanthimos. Le film de 2015 se d\u00e9roule dans une dystopie fantastique o\u00f9 les personnes qui ne parviennent pas \u00e0 trouver un int\u00e9r\u00eat romantique appropri\u00e9 sont transform\u00e9es en l'animal de leur choix. David, le personnage de Farrell, n'a qu'un mois et demi pour trouver l'\u00e2me s\u0153ur apr\u00e8s s'\u00eatre fait larguer par sa petite amie de longue date. Stressant ! Bizarre ! Pourtant, il garde un visage impassible et accepte passivement cet \u00e9trange destin. Il explique calmement qu'il aimerait se transformer en homard car, entre autres qualit\u00e9s attrayantes, ils \" restent fertiles toute leur vie \".  \"Les autres c\u00e9libataires malchanceux en amour que David rencontre tout au long du film parlent \u00e9galement d'un ton monocorde et rigide, quelle que soit la situation \u00e0 laquelle ils sont confront\u00e9s. Les acteurs de Lanthimos restent souvent impassibles malgr\u00e9 des circonstances tr\u00e8s \u00e9mouvantes, \u00e0 tel point que c'est devenu une signature dans beaucoup de ses films. Dans The Lobster, ce gimmick fonctionne, soulignant l'abjecte solitude de David et la difficult\u00e9 qu'il \u00e9prouve, comme les autres, \u00e0 se connecter. La fa\u00e7on dont il r\u00e9agit \u00e0 des r\u00e8gles apparemment absurdes avec une r\u00e9signation sereine montre qu'il s'agit d'un univers o\u00f9 l'individu a peu de chance contre le syst\u00e8me, aussi absurde soit-il.\n<\/p>\n<p>Farrell s'est impos\u00e9 comme le roi en titre de la science-fiction \u00e0 voix triste. Outre The Lobster, il a r\u00e9cemment jou\u00e9 dans After Yang, r\u00e9alis\u00e9 par le pseudo-cin\u00e9aste am\u00e9ricano-cor\u00e9en Kagonada. Farrell joue le r\u00f4le de Jake, propri\u00e9taire d'un salon de th\u00e9, mari\u00e9 \u00e0 la ravissante Kyra (Jodie Turner-Smith), une guerri\u00e8re d'entreprise. Ils ont achet\u00e9 un andro\u00efde nomm\u00e9 Yang (Justin H. Min) pour enseigner \u00e0 leur fille adoptive Mika (Malea Emma Tjandrawidjaja) son h\u00e9ritage chinois, mais au d\u00e9but du film, Yang fonctionne mal. Il vit avec la famille depuis des ann\u00e9es, et Mika est d\u00e9pourvue. (Kyra, moins. \" C'est peut-\u00eatre une bonne chose \", dit-elle. Froid !) Alors que Jake tente en vain de r\u00e9parer Yang, il parvient \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 la banque de m\u00e9moire du robot. En observant les souvenirs de Yang, il se rend compte \u00e0 quel point le robot serein \u00e9tait profond\u00e9ment sensible, qu'il avait des espoirs et des r\u00eaves et m\u00eame un int\u00e9r\u00eat amoureux. C'est m\u00e9lancolique, m\u00e9ditatif, magnifiquement film\u00e9. C'est aussi tr\u00e8s discret. Bien que Jake se chamaille avec Kyra au sujet du temps qu'il passe \u00e0 essayer de r\u00e9parer Yang, leurs d\u00e9saccords restent \u00e9trangement calmes, comme s'ils recevaient un choc \u00e9lectrique s'ils \u00e9levaient la voix plus haut qu'un murmure.\n<\/p>\n<p>Toutes les conversations du film sont \u00e9touff\u00e9es de la sorte ; on se demande s'il n'y a pas une sorte de s\u00e9datif prescrit en masse \u00e0 l'\u0153uvre dans la vision du futur de Kagonada. C'est, bien s\u00fbr, le but recherch\u00e9 - la voix triste est un code de triche pour d\u00e9duire l'ali\u00e9nation et la dissociation. (Voir aussi : Le Theodore de Joaquin Phoenix au d\u00e9but du film Her en 2013, ou la Kathy placide de Carey Mulligan dans l'adaptation de Never Let Me Go de Kazuo Ishiguro en 2010, deux des premi\u00e8res entr\u00e9es dans le canon de la science-fiction \u00e0 voix triste). Il est facile de comprendre pourquoi les r\u00e9alisateurs pourraient \u00eatre attir\u00e9s par cette approche, car la voix triste indique efficacement au public qu'il regarde des personnages refoul\u00e9s. Bien qu'After Yang soit un film charmant, les chuchotements mur \u00e0 mur ont un autre effet secondaire. Il fonctionne comme une novoca\u00efne auditive, engourdissant les spectateurs de l'impact \u00e9motionnel de ce qui aurait \u00e9t\u00e9 les endroits les plus tendres de l'intrigue.\n<\/p>\n<p>C'est le risque de la voix triste. Sa nature tr\u00e8s mani\u00e9r\u00e9e ne traduit pas seulement l'ali\u00e9nation d'un personnage par rapport \u00e0 lui-m\u00eame, elle ins\u00e8re \u00e9galement une distance entre l'histoire et le public qui peut priver un film de sa r\u00e9sonance \u00e9motionnelle. Dans un autre film r\u00e9cent se d\u00e9roulant dans un monde dystopique, Dual, une femme nomm\u00e9e Sarah (Karen Gillan) se cr\u00e9e un clone apr\u00e8s avoir appris qu'elle \u00e9tait atteinte d'une maladie incurable. Lorsqu'elle se r\u00e9tablit de mani\u00e8re inattendue, son clone est l\u00e9galement cens\u00e9 \u00eatre d\u00e9truit, mais le clone (\u00e9galement jou\u00e9 par Gillan, et appel\u00e9 \" le double de Sarah \") invoque une loi lui permettant de d\u00e9fier en duel la Sarah \" originale \". Pour aggraver les choses, le petit ami de Sarah la largue pour son clone, et m\u00eame sa propre m\u00e8re semble pr\u00e9f\u00e9rer la compagnie du double. Sarah d\u00e9cide qu'elle doit s'entra\u00eener pour d\u00e9truire son double, plus sympathique.\n<\/p>\n<p>C'est un r\u00e9cit captivant - en th\u00e9orie. Cependant, l'ex\u00e9cution est visc\u00e9ralement grin\u00e7ante. Les deux Sarah sont si intens\u00e9ment ennuyeuses que les spectateurs seraient excus\u00e9s s'ils pensaient que ce ne serait pas une telle trag\u00e9die si elles en finissaient simplement avec et s'entretuaient. Dans le r\u00f4le de la Sarah originale, Gillan parle comme si elle faisait sa meilleure imitation d'un robot qui essaie de se faire passer pour un humain. \" Pourquoi est-ce que je ne pleure pas ?  \" demande-t-elle au m\u00e9decin, le regard fixe, la l\u00e8vre sup\u00e9rieure raide, apr\u00e8s avoir appris qu'elle est en train de mourir. Le clone de Sarah est l\u00e9g\u00e8rement plus gai, mais tout aussi guind\u00e9. Le fait qu'elle soit aussi peu naturelle que son \" original \" souligne \u00e0 quel point Sarah est d\u00e9connect\u00e9e de l'humanit\u00e9 ;\n<\/p>\n<p>Comme dans The Lobster, l'acceptation s\u00e8che des circonstances absurdes par Sarah est destin\u00e9e \u00e0 les rendre encore plus absurdes. Chaleureusement accueilli, Dual a \u00e9t\u00e9 compar\u00e9 \u00e0 un film de Lanthimos par certains critiques. C'est une insulte \u00e0 Lanthimos. Son \u0153uvre peut \u00eatre rebutante, voire r\u00e9pugnante (vous ne pourriez pas me payer pour regarder \u00e0 nouveau The Killing of the Sacred Deer), mais la bizarrerie, y compris les dialogues stylis\u00e9s, est au service d'une vision coh\u00e9rente. Ce n'est pas le cas avec Dual. Le d\u00e9tachement en soi ne rend pas un personnage int\u00e9ressant, et la r\u00e9pression seule ne rend pas un monde fascinant. Une voix triste mal faite, h\u00e9las, peut transformer m\u00eame un sc\u00e9nario de science-fiction intelligent en un ennui sans lendemain.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans les films de science-fiction, presque rien ne compte autant que la construction du monde. Cela ne signifie pas n\u00e9cessairement des plans grandioses de vaisseaux spatiaux ou de plan\u00e8tes lointaines. Pour chaque spectacle somptueux comme Dune, il existe de nombreux films de science-fiction \u00e0 plus petite \u00e9chelle avec des budgets d'effets sp\u00e9ciaux modestes ou inexistants. 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