{"id":35267,"date":"2022-12-29T09:40:17","date_gmt":"2022-12-29T06:40:17","guid":{"rendered":"https:\/\/demo5.teaser-cube.ru\/2022\/12\/29\/frnope-defie-a-juste-titre-notre-amour-du-spectacle\/"},"modified":"2022-12-29T09:40:17","modified_gmt":"2022-12-29T06:40:17","slug":"frnope-defie-a-juste-titre-notre-amour-du-spectacle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/movieworld.blog\/fr\/2022\/12\/29\/frnope-defie-a-juste-titre-notre-amour-du-spectacle\/","title":{"rendered":"Nope d\u00e9fie \u00e0 juste titre notre amour du spectacle"},"content":{"rendered":"<p>La c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 mange. C'est un monstre. En fait, c'est le monstre ultime dans Nope, le troisi\u00e8me long m\u00e9trage de Jordan Peele, un western de science-fiction sur un myst\u00e9rieux OVNI qui hante le ciel d'une ville de ranchs endormie du sud de la Californie. Mais Nope n'est pas un projet conventionnel de Peele. La poursuite et le poison de la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 sont ses fixations cardinales. C'est un film qui se pr\u00e9occupe de l'ext\u00e9rieur et qui vise \u00e0 remettre en question la culture centr\u00e9e sur l'image dont nous nous r\u00e9galons tous.\n<\/p>\n<p>Alors que les films de Peele traitent g\u00e9n\u00e9ralement de voyages dans des int\u00e9rieurs psychologiques et physiques, et de la bataille qui s'ensuit pour s'\u00e9chapper, pour se d\u00e9barrasser des d\u00e9mons du racisme ou du fl\u00e9au de l'exclusion - \u00e0 la Sunken Place dans Get Out (2017), et au sombre trou de lapin d'o\u00f9 \u00e9merge le Tethered dans Us (2019) - Nope est l'inverse. Peele sugg\u00e8re qu'il peut y avoir un certain danger \u00e0 regarder. C'est un film qui remet en question de mani\u00e8re convaincante la ligne m\u00eame entre le spectacle et l'horreur, une \u00e9nigme sur les motivations du regard soutenu et ce que nous risquons de perdre \u00e0 cause de cela. O\u00f9 s'arr\u00eate une ligne et o\u00f9 commence l'autre ?\n<\/p>\n<p>Dans Nope, Emerald Haywood (Keke Palmer) est \u00e0 la recherche du \" coup d'Oprah \".  \"Elle descend d'une longue lign\u00e9e de cow-boys - \" les seuls entra\u00eeneurs de chevaux appartenant \u00e0 des Noirs \u00e0 Hollywood \", d'ailleurs - qui n'ont jamais \u00e9t\u00e9 reconnus \u00e0 leur juste valeur. Au cours d'un concert, elle raconte l'histoire de son arri\u00e8re-arri\u00e8re-arri\u00e8re-grand-p\u00e8re : C'est le jockey qui a \u00e9t\u00e9 captur\u00e9 dans la toute premi\u00e8re image anim\u00e9e sur cam\u00e9ra, \"Le cheval en mouvement\", par Eadweard Muybridge. Mais comme d'autres chapitres de l'histoire des Noirs, son nom a fini par \u00eatre effac\u00e9, oubli\u00e9 par le temps. Heureusement, Emerald, ainsi que son fr\u00e8re OJ (Daniel Kaluuya, qui joue le r\u00f4le avec une retenue hypnotique), refusent de nous laisser oublier&nbsp ;\n<\/p>\n<p>Comme il s'agit d'un projet de Peele, le d\u00e9saveu historique est utilis\u00e9 comme un sous-texte astucieux. \"Nous avons la premi\u00e8re star de cin\u00e9ma de tous les temps. Et c'est un homme noir que nous ne connaissons pas \", a d\u00e9clar\u00e9 Peele dans une interview avec GQ. \"De bien des fa\u00e7ons, le film est devenu une r\u00e9ponse \u00e0 ce premier film.  \"Par cons\u00e9quent, lorsqu'un ovni extraterrestre commence \u00e0 d\u00e9vorer les chevaux de leur ranch, la prise de vue devient primordiale. Avec la preuve de l'existence d'une vie extraterrestre, Emerald et OJ ne deviendront pas seulement viraux, le nom de Haywood restera \u00e0 jamais grav\u00e9 dans les m\u00e9moires.\n<\/p>\n<p>Agua Dulce est le cadre du pays des merveilles tourment\u00e9 de Peele, une communaut\u00e9 d\u00e9sertique a\u00e9r\u00e9e et une banlieue de Los Angeles. Agua Dulce abrite \u00e9galement Jupiter's Claim, le parc d'attractions local sur le th\u00e8me des cow-boys, dirig\u00e9 par Ricky Park (Steven Yuen), un ancien enfant star de la t\u00e9l\u00e9vision. L\u00e0 o\u00f9 Peele est l\u00e9ger sur l'histoire et les tensions granulaires de la fratrie Haywood - une v\u00e9ritable occasion manqu\u00e9e de donner plus de complexit\u00e9 au film - il d\u00e9m\u00eale le pass\u00e9 de Ricky avec la pr\u00e9cision d'un chirurgien traumatologue, exposant la profondeur de la douleur. Une s\u00e9rie de flashbacks horribles r\u00e9v\u00e8le le moment crucial de la transformation de Ricky : le jour o\u00f9 il a surv\u00e9cu \u00e0 l'attaque de son partenaire, Gordy le chimpanz\u00e9, qui est devenu fou et a d\u00e9chiquet\u00e9 tout le monde sur le plateau. L'incident a un impact profond sur la jeune star ; en tant que propri\u00e9taire de Jupiter's Claim, il l'a conditionn\u00e9 \u00e0 exploiter l'horreur comme un type de spectacle, comme un v\u00e9ritable divertissement de premi\u00e8re heure.\n<\/p>\n<p>L'histoire de Ricky renferme l'une des interpr\u00e9tations les plus merveilleusement complexes de la fa\u00e7on dont la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 est alchimis\u00e9e et r\u00e9utilis\u00e9e aujourd'hui. Il s'agit d'un r\u00e9cit n\u00e9cessaire, bien que brutal, \u00e9tant donn\u00e9 que Ricky est la v\u00e9ritable figure de proue de Peele pour les th\u00e8mes principaux du film, \u00e0 savoir la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 et l'horreur du regard.\n<\/p>\n<p>Mais Nope n'est pas un Rorschach de l'horreur, m\u00eame s'il en a l'instinct. Lorsque les sc\u00e8nes se transforment en chaos, il est facile de confondre la maison des Haywood avec le c\u00e9l\u00e8bre Bates Motel d'Hitchcock. Bien s\u00fbr, ces \u00e9chos stylistiques sont naturels pour Peele. Chef d'orchestre avis\u00e9 du macabre, ses films se comprennent mieux dans leur d\u00e9nouement, comme une sorte de panorama funhouse. L'ambroisie du suspense ne tient pas \u00e0 ce qui se passe mais \u00e0 la mani\u00e8re dont cela se passe. Le point d'arriv\u00e9e n'a pas d'importance dans les cauchemars tordus de Peele ; la magie se manifeste en cours de route. C'est pourquoi Nope est une toile id\u00e9ale non seulement pour ins\u00e9rer des fa\u00e7ons de voir noires dans des genres cin\u00e9matographiques historiquement d\u00e9pourvus - Palmer est officiellement entr\u00e9 dans le canon des Final Girls !  - mais aussi comme un commentaire acerbe sur les toxines des m\u00e9dias sociaux et la fa\u00e7on dont ils peuvent nous empoisonner.\n<\/p>\n<p>Le spectacle captive, absorbe. Il nourrit le besoin d'excitation. Mais il avale tout aussi facilement. La fr\u00e9n\u00e9sie des m\u00e9dias sociaux a fait en sorte que la viralit\u00e9 et la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 sont r\u00e9compens\u00e9es de mani\u00e8re d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e - vous avez autant de chances de voir un m\u00e8me d'Usher devenir viral pour son inanit\u00e9 que de voir un enfant noir se faire abattre dans son jardin pour l'effet de choc. \"Chaque animal a des r\u00e8gles \", rappelle OJ \u00e0 Emerald. Peele le comprend aussi. \u00c0 la fin, il n'y a qu'un seul choix \u00e0 faire : Regarder ailleurs ou embrasser l'horreur de tout ce que vous voyez.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 mange. C'est un monstre. En fait, c'est le monstre ultime dans Nope, le troisi\u00e8me long m\u00e9trage de Jordan Peele, un western de science-fiction sur un myst\u00e9rieux OVNI qui hante le ciel d'une ville de ranchs endormie du sud de la Californie. Mais Nope n'est pas un projet conventionnel de Peele. La poursuite et [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":35297,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-35267","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","","category-movies"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/movieworld.blog\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/35267","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/movieworld.blog\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/movieworld.blog\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/movieworld.blog\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/movieworld.blog\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=35267"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/movieworld.blog\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/35267\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/movieworld.blog\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/35297"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/movieworld.blog\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=35267"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/movieworld.blog\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=35267"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/movieworld.blog\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=35267"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}